Vers l'instant : lecture de Portrait d'un inconnu de Nathalie Sarraute

Bien des oeuvres littéraires posent la question de l'instant. La
poésie de la Renaissance accorde une place importante à
«l'instant premier». Stendhal cherche à exprimer les différents
éléments qui composent «l'instant heureux». Au XX<sup>e</sup> siècle, la
saisie de l'instant préoccupe de nombreux romanciers, comme
Marcel Proust, Virginia Woolf ou James Joyce.
Dans cet ouvrage, l'auteur renouvelle singulièrement la lecture
du premier roman de Nathalie Sarraute, Portrait d'un inconnu
(1948), en considérant ce texte complexe sous l'angle de
l'instant privilégié. Attentive aux détails du récit, elle aborde le
parcours romanesque comme un mouvement orienté vers un
instant littéralement enchanteur et onirique. C'est vers cet instant
que le texte de Sarraute converge tout entier, aussi bien
dans sa thématique que dans sa mise en forme. Contrairement à
ce qu'a pu dire une critique surtout réceptive aux aspects
sombres du texte, la présente étude souligne ainsi le caractère
crucial des instantanés - les «trésors» - situés au coeur du roman.
En se tournant vers le futur au moment même où ils sont sur le
point de s'éteindre, les «trésors» étincelants présagent avec
subtilité l'instant lumineux qui fera l'objet de la convoitise du
narrateur à la fin de l'oeuvre.