Une petite mal élevée

La vie d'une presque centenaire présente tout naturellement de la
diversité. Au départ, deux familles qui ont un point commun : la
bourgeoisie, mais que tout le reste sépare : l'origine, l'éducation, le
«rang». Côté maternel, on est avant tout soucieux de progrès social et
d'élégance : les femmes suivent la mode avec assiduité, grâce au talent
de petites couturières très habiles dont on se garde bien de
communiquer les adresses. Une rigidité mondaine fortement
ascensionnelle guide leur vie. Côté paternel, on est régi par des lois très
diverses. Certains continuent les traditions strasbourgeoises autour des
naissances, des mariages et des fêtes religieuses. Une branche s'est
échappée de l'arbre familial, «les Charles», et s'est projetée dans une
vie intellectuelle brillante, quasi désincarnée.
Ce livre essaie de donner le point de vue de la petite fille issue de
ces deux alliances. L'abîme est bien difficile à combler pour cette
enfant de dix ans. Elle ne le comblera pas et c'est de ce fossé
infranchissable qu'est né ce livre. Cette situation n'est sûrement pas
étrangère à la vocation de l'auteur qui a beaucoup regardé, plus encore
entendu et peu dit. Le silence est un danger minimum alors que la
parole présente toujours un risque.