Un quartier de Bordeaux du Ier au VIIIe siècle : les fouilles de la place Camille-Jullian 1989-1990

Les fouilles préventives de la place Camille-Jullian se sont
déroulées en 1989 et 1990. L'objectif était de libérer, pour
y établir un parc de stationnement, un espace de quelque
2000 m<sup>2</sup> jusqu'alors inexploré sur la rive droite de la Devèze,
actuellement au centre-ville. L'occupation y a été continue
de la première décennie du I<sup>er</sup> siècle p.C. à nos jours. L'étude
est limitée aux huit premiers siècles p.C. Le terrain était
situé dans une zone inondable et les premiers occupants
ont dû mener une lutte constante pour assainir le milieu.
C'est ce qui explique que l'on ait dû attendre la seconde
moitié du I<sup>er</sup> siècle pour édifier des maisons de bon standing.
C'est la proximité du port - aujourd'hui bien localisé - qui
a provoqué, depuis les premières décennies du II<sup>e</sup> siècle, la
construction d'entrepôts dont on suit l'utilisation, avec
quelques aménagements, jusqu'à la fin du IV<sup>e</sup> siècle. La
construction des remparts, au tournant des III<sup>e</sup> et IV<sup>e</sup> siècles, a
intégré à la ville ce secteur jusque là marginal, et cependant
elle n'en a modifié que très lentement les modes d'occupation.
Au V<sup>e</sup> siècle, une vaste demeure occupa la partie centrale de
l'espace fouillé ; elle était dotée d'un vsystème de chauffage
qui constitue sa principale caractéristique architecturale.
Des habitats plus modestes lui succédèrent jusqu'au VII<sup>e</sup>
siècle. Le quartier fut alors envahi par un dense tissu de
fosses dont l'objet, sans doute artisanal, n'a pu être mis en
évidence. L'ouvrage étudie l'important matériel dont les
phases marquantes s'étendent sur le I<sup>er</sup> siècle et le début du
II<sup>e</sup>, puis du V<sup>e</sup> siècle au début du VII<sup>e</sup>. Les céramiques y tiennent
la plus grande place, ce qui n'est pas une surprise ; c'est elles
qui ont livré les principaux repères pour les datations. On a
recueilli quelques objets notoires, notamment un beau relief
mithriaque. L'Antiquité tardive a livré - c'est une première
à Bordeaux - une demi-douzaine de monnaies byzantines.