Tziganes, le voyage immobile. Farce wallonne. La relève

Poliakov. - Ils hurlent, ils hurlent quoi déjà, Carlito ?
Carlito. - Des billets ! Veulent des billets, palper, général Poliakov.
Poliakov. - Ils veulent une société végétale, molle et docile.
Société qui bouffe affalée sur sofa, télé au crâne et coussin au cul.
Les derniers neurones perdus sur un terrain de foot, au garde-à-vous,
braillant la Marseillaise. Et puis l'esprit... l'esprit coincé au
fond du tiroir-caisse. Les vacances au club, tant, gling, l'art et la
beauté, tant, gling, la mayonnaise, tant, gling, le grand écran, tant,
gling, le sexe, tant, et gling, gling, gling.
Carlito. - Oui, oui mon lieutenant.
Poliakov. - Ils veulent palper, Carlito ?
Carlito. - Oui, ça hurle dehors.
Poliakov. - Non, Carlito. Non. Ils veulent nous tuer.
Carlito. - Oui, ils veulent nous tuer. Ils veulent nous tuer ?
Poliakov. - Nous gaver de pièces et de billets, de billets et de
pièces. Qu'on devienne comme eux, d'épais volatiles. Anéantis en
16/9<sup>ème</sup>. Mais on ne peut pas tomber, Carlito. Car nous, nous
sommes... oui en définitive, je le dis haut et fort, avec le ressac au
creux des tripes : nous sommes la dernière garde. Les derniers soldats
de la révolution. Les derniers à connaître le sens de certains
mots qui se baladent sur la langue des marchands d'utopie.
Solidarité, liberté, camarade. Ces petits mots qui font pouffer les
penseurs modernes. Penseurs de la panse. Ces petits mots rouges,
noirs, anodins et magiques, tout remplis d'horizons.