Sens en tous sens : autour des travaux de Jean-Luc Nancy

Nietzsche, on le sait, estimait qu'il faudrait encore «quelques siècles»
pour que la question des questions - «L'existence a-t-elle seulement un
sens ?» - puisse être «perçue dans toutes ses profondeurs» ( GS , § 357).
Mais encore faut-il s'entendre sur le sens même d'une telle question et s'interroger
sur ce qui, en elle, n'en finit pas de nous requérir. Car, après tout,
du sens, il peut être parlé - et débattu - en de multiples sens.
Une parmi d'autres, se sachant et se voulant au croisement d'approches
multiples, soucieuse de faire et de laisser résonner des inquiétudes qu'elle
cherche à aviver plus qu'à apaiser, l'oeuvre philosophique de Jean-Luc
Nancy témoigne aujourd'hui avec force de la persistance en notre monde,
pour notre monde, de cette passion du sens. Irréductibles à aucune signification
identitaire, soustraits à toute appropriation souveraine, les partages
nouveaux des sens et du sens s'exposent ici à une pensée qui n'a «pas d'élus,
pas de privilégiés, de héros ni de saints», qui est à la fois «de tous et
de personne» et de chacun.
C'est en partant d'elle, de ses échos et de ses résonances, qu'il fut tenté,
dans ce colloque (qui s'est déroulé les 18 et 19 janvier 2002 dans le cadre
du Collège international de philosophie, sous la direction de Francis
Guibal et Jean-Clet Martin), de se mouvoir dans les espaces - politiques
et fantastiques, existentiels et mondains, esthétiques et religieux - du pensable
contemporain. Et il n'est sans doute pas insignifiant que les débats
engagés aient été placés par Alain Badiou sous le signe d'une «offrande
réservée» qui expose déjà à sa limite le «signifiant-maître» de la finitude,
cependant qu'il revenait à Jacques Derrida de (ne pas) conclure en menant
avec Jean-Luc Nancy un dialogue à la fois amical et exigeant, où se trouve
interrogée sans concession la «possibilité de répondre» - d'un événement,
de l'avenir ou de la venue comme telle.