Rue Marangon

Peut-être Tim continue-t-il d'aller chaque fois rue
Marangon pour revoir cette chose insensée : une fille qui,
pour quelques sous, accepte qu'un inconnu la voie nue, la
touche, mette dans sa bouche et son vagin son sexe. C'est
pour Tim plus impensable que lorsque les mêmes choses
arrivent dans la vie, par attraction réciproque. Le corps des
femmes n'a pas de prix. Qu'on puisse payer pour en jouir
dépasse l'entendement. Comme si on achetait un accès au
sacré. Ou l'inverse : comme si le sacré, ce qui arrache de
l'espace et du temps, semblait soudain s'offrir, tranquillement,
en échange d'une formalité et d'une dépense raisonnables.
À chaque fois Tim est déçu : l'assomption qu'il pressent
n'advient pas. À chaque fois il revient : dans le même
pressentiment, le même espoir que la clef de ses quelques
sous, enfin, lui permette d'être admis dans l'Hors du monde.