Roger Van Rogger dans les ombres d'Arlequin

Arlequin, dont l'origine reste douteuse, est resté longtemps un personnage de théâtre. C'est ce personnage de la Commedia dell'Arte , pitre habile et ambigu dans son bariolage, que Watteau, suite au succès du Théâtre Italien à Paris, prit plaisir à représenter. Mais au XIX<sup>e</sup> siècle, les peintres le firent passer dans leurs tableaux en toute autonomie, hors des références habituelles au théâtre. Le premier qui lui donna un sens symbolique, lié à la représentation de l'artiste moderne, fut certainement Cézanne. C'est dans cette filiation que Van Rogger, en situation de crise et s'interrogeant sur ses options esthétiques, se lance à son tour, en mars 1969, dans une série de portraits d'Arlequin. Pour finir par être libéré de ses doutes et trouver la confirmation, à travers ces exercices de peinture figurative, que sa « nécessité intérieure » le conduisait bien, irréductiblement, à l'abstraction. Nous reste, néanmoins, une quarantaine d'Arlequins d'une rare puissance suggestive et d'une exceptionnelle virtuosité technique.