Revue germanique internationale, n° 11. Villes baltiques : une mémoire partagée

Les territoires situés à proximité de la mer Baltique, répartis
actuellement entre la Pologne, la Lituanie, la Lettonie, l'Estonie et la
Russie, ont été dans la longue durée des lieux de passage, des mosaïques
d'ethnies. Ils sont désignés par des mots dont la charge poétique est
devenue plus évidente que leurs contours géographiques : la Courlande,
la Livonie, la Semigalle... Les mêmes lieux portent plusieurs noms selon la
période historique, la perspective nationale ou confessionnelle considérée :
Vilnius, Vilna Wilno - Klaipeda, Memel - Tallinn, Reval - Jelgava, Mitau -
Tartu, Dorpat, Derpt, Louriev - Kaliningrad, Königsberg. Cette pluralité de
noms est le signe d'une appartenance plurielle. Riga à l'époque de Herder,
Königsberg à l'époque de Kant, Reval, Dorpat furent sinon des capitales
culturelles, du moins des cités de fort rayonnement dans l'histoire
intellectuelle allemande mais aussi le cadre où se développèrent d'autres
cultures nationales. Même lorsqu'ils étaient sujets du tzar et jouaient
un rôle de premier plan dans l'administration russe les Allemands de
la Baltique ont vécu dans une situation d'échanges permanents avec
les États allemands et ont longtemps assuré un contact suivi entre la
Russie et les pays germaniques. Étudier les villes de la Baltique dans leur
complexité de mosaïques culturelles, de stratifications spectaculaires qui
les caractérisait jusqu'à la Seconde guerre mondiale, c'est aborder une
des pages les plus riches des transferts entre l'histoire allemande et celle
des cultures voisines au nord-est de l'Europe.