Révolte et reconstruction en Libye : le roi et le rebelle

On ne peut pas prétendre instaurer la démocratie dans la nouvelle
Libye en privant l'autre d'un sens démocratique qui est le droit
à la réintégration et au partage du destin. Ce sens noble est
incontournable dans toute reconstitution sociale, ce qui invite les
acteurs qui se disent vainqueurs de la guerre à adopter une attitude
tolérante, favorable au dialogue et réconciliatrice avec les exclus
pour une raison ou pour une autre.
La réconciliation et la reconstitution veulent dire tout d'abord la
recherche de sens communs, la confrontation d'expériences et
la redécouverte partagée et réciproque. La reconstruction signifie
aussi un surpassement de soi, un effort passionné et volontaire pour
apprendre la démocratie, pour affranchir la mémoire collective d'un
passé négatif et pesant. La réconciliation n'a pas un sens vague
et abstrait, mais c'est au contraire un terrain concret, car ce qui
importe est que chaque Libyen accepte de faire un pas pour aller
vers l'avenir, s'auto-découvrir et découvrir l'autre et devenir surtout
un acteur positif, au sens wébérien du terme. Ce geste est plus
qu'indispensable pour reconstruire ce pays dévasté par la guerre et
plongé dans un chaos généralisé.