Recto-verso : deux nouvelles

«Il manquait quelque chose
d'essentiel au sacrement qui se préparait,
une sorte de fluide magique auquel aucune
entrée, même la mieux protégée, ne saurait
résister. Mais également capable, dans
les remous et les tourbillons, d'éviter
l'affouillement fatal du creusement
des eaux à la butée des rives,
fussent-elles les plus fragiles.
Abderrazak regarda autour
de lui et aperçut au loin, abritées
derrière un rang de cyprès, une
foultitude de ruches dressées
au milieu d'un champ en
contrebas.
- Il nous faudrait du miel,
dit-il.»
Après Emeutia Erotika ,
son premier recueil de
nouvelles, Lilith Jaywalker
- jamais en peine de
confusion des genres -
interroge dans Rectoverso le désir
masculin. Désir homosexuel, désir
hétérosexuel : le plaisir des hommes,
donc, tous les hommes, tel que vu et
senti par une femme indélivrée du
mâle, titillant la curiosité androgyne
d'une paraphile infatigable envers ce
qui le déclenche, l'excite, le tend et,
enfin, le soulage (ou non) ! Du mystérieux
chant d'une sirène jouisseuse de
cour d'immeuble, torturant les sens
d'un locataire mélomane, jusqu'aux
remous hardcore de quelque Fleuve
Alphée mémorable, refluant depuis le
coeur d'un amant en extase vers son
fondement essentiel , au pied d'un
célèbre tableau symboliste, l'auteure
nous offre ici un nouvel aperçu déjanté
de son imaginaire, et de son
talent.