Racines mêlées

«Voulez-vous me rendre service cette nuit ?» demande Élisabeth Lionel
à l'homme de sa vie, Idrissa Ousman. C'est la phrase qu'il redoutait d'entendre,
mais il répond simplement : «Je suis content de pouvoir faire quelque
chose de juste pour vous.»
Tous deux sont médecins pour l'OMS, ils travaillent ensemble depuis
longtemps. Et s'aiment passionnément. Pleinement conscients de la gravité
de l'heure. Aider quelqu'un à mourir est le plus bel acte d'amour, Élisabeth
et idrissa en sont persuadés.
Nous sommes en 1989 à Niamey, au fond de la nuit, la chaleur est collante.
Ensemble pour la dernière fois, la Française et l'Africain célèbrent leur grand
amour, qui est aussi l'histoire d'une passion sans limites pour le continent
africain, ses talismans, ses sortilèges, sa sagesse et ses folies.
Ces deux-là s'adorent depuis trente ans, et pourtant la couleur différente
de leur peau les a empêchés de vivre ensemble, de jouir l'un de l'autre et
de fonder une famille. Lui, fils d'un chef haoussa du Niger, incarne pour elle
l'océan, le vent, le sable, la chaleur moite, la foule nocturne, les pirogues
indolentes. Tout de suite, bien avant lui, elle a su que leurs destins étaient
liés, quoi qu'il arrive, par le désir, par le frisson.
Le roman de Laure Gerbaud ne démontre rien, ne plaide pas, ne cherche
pas à convaincre. Tant mieux ! Telle n'est pas la vocation du roman, qui est
avant tout une invitation au voyage, à la rêverie, à la méditation. S'il est vrai
que la littérature, comme la musique, est faite non pour exprimer des émotions
mais pour en faire ressentir, alors ce livre ressemble à une déclaration
d'amour au continent noir, ce berceau que chacun porte en soi.