Psychanalyse, n° 18

« ... la discrétion est incompatible avec un bon exposé d'analyse ; il faut
être sans scrupules, s'exposer, se livrer en pâture, se trahir, se conduire
comme un artiste qui achète des couleurs avec l'argent du ménage et
brûle les meubles pour chauffer le modèle. Sans quelqu'une de ces
actions criminelles, on ne peut rien accomplir correctement ». Ces lignes
sont de Freud, en réponse à un article de Pfister concernant un exposé
de cas, qui sera publié en 1910. Elles peuvent prêter à un contresens, à
cause du terme « discrétion ». Cette discrétion qui ne doit pas avoir cours
concerne non l'analysant, mais l'analyste. Cette conception de la clinique
n'est pas la plus répandue, les analystes aseptisant souvent le récit
de leur conduite en ne retenant que leur « vertu ». Ceci explique peut-être
la vindicte de certains contre les vignettes cliniques, et chez d'autres
leur « I would prefer not to » portant sur la passe. Le courage que Freud
eut pour publier l'interprétation de ses rêves est solidaire de son courage
à avoir avancé et soutenu des thèses impensables d'avant... Freud
d'ailleurs, dans ce passage même, prouve encore ce courage par une
bévue : quand Bernard de Palissy brûle ses meubles, c'est pour découvrir
le secret de l'émail et non pour « chauffer le modèle » ! Ô rêveries !