Politique africaine, n° 119. Surveiller et nourrir : politique de la faim

La crise alimentaire de 2008, par sa brutalité et son ampleur, a rappelé la
vulnérabilité de certains États importateurs et des sociétés urbaines. Elle a
remis en exergue le potentiel mobilisateur de la thématique de la «souveraineté
alimentaire», qui élargit son influence à certaines enceintes internationales.
De fait, la lutte contre la faim a changé de paradigme et d'échelle.
Elle ne revêt pas soulement des objectifs économiques et techniques (lutter
contre la précarité et la malnutrition) mais possède aussi une indéniable
dimension politique. C'est bien la question des échanges, des transferts
comme de la redistribution qui donne à la faim sa charge sociétale et politique.
Les gouvernants sont, de nouveau, confrontés à de vieux dilemmes :
privilégier les consommateurs urbains (pour éviter des émeutes) ou
appuyer les petits producteurs (pour freiner l'exode rural) ; organiser les
filières locales ou laisser faire un marché mondialisé qui voit les multinationales
de l'agroalimentaire prendre le contrôle d'immenses terres
arables. Examinant les politiques alimentaires menées en Tanzanie, au
Niger, en Éthiopie et au Mali, ce dossier avance l'hypothèse d'une véritable
administration de la faim qui, sous des atours forts divers, déploie ses
règlements, ses pratiques et ses dispositifs de contrôle. Rompant avec les
analyses convenues de l'insécurité alimentaire, il montre qu'entre surveiller
et nourrir, l'alimentation est d'abord affaire de pouvoir.