Philosophie, n° 98. Claude Lévi-Strauss : langage, signes, symbolisme, nature

Philosophie, n° 98. Claude Lévi-Strauss : langage, signes, symbolisme, nature

Philosophie, n° 98. Claude Lévi-Strauss : langage, signes, symbolisme, nature
Éditeur: Minuit
200895 pagesISBN 9782707320445
Format: BrochéLangue : Français

Ce numéro, entièrement consacré à Lévi-Strauss, s'ouvre sur un entretien

avec Ph. Descola, qui occupe actuellement sa chaire au Collège de France.

Tout en répondant à des questions diverses, il explique sa fidélité fondamentale

à l'héritage structuraliste de Lévi-Strauss - à sa méthode plutôt

qu'à l'ensemble de ses positions philosophiques. Mais surtout, il nous

invite à un nouvel effort d'excentration, afin d'accéder à la compréhension

de modèles ontologiques qui se sont développés à l'extérieur de notre culture,

ou dans notre tradition, et qui ont conféré aux non-humains (appellation

qui déborde ce que nous nommons nature ) un statut de pensée très

éloigné de celui que leur attribue notre dualisme.

Dans «La condition symbolique», P. Maniglier conteste le bien-fondé du

reproche souvent adressé à l'anthropologique symbolique : son déni de la

politique, et sa réduction des violences sociales à des contraintes grammaticales.

Il montre au contraire que c'est pour la même raison que l'homme

est un animal symbolique et un animal politique. Si tout système symbolique

implique un espace fini de possibilités déterminées différentiellement, leur

systématicité suppose une possibilité surnuméraire qui ne peut être actualisée

que par un «acte». Que le sujet ne soit pas maître de ses signes, cela ne

signifie pas que la liberté soit illusoire, mais qu'elle est réelle , car inhérente

à ces réalités singulières que sont les signes, et aux opérations qui les font

advenir : liberté objective , consistant à faire advenir les possibilités du

monde plutôt qu'à y réaliser ses idéaux, mais liberté finie , celle d'un déplacement

d'une limitation des possibles à une autre. Ainsi l'anthropologie

apparaît pour ce qu'elle n'a jamais cessé d'être : une science morale.

Dans «Lévi-Strauss et le dépassement du modèle linguistique», J. Benoist

remet en question la thèse courante selon laquelle le structuralisme serait

avant tout une doctrine du sens. Il revient aux textes fondateurs de l'auteur

pour établir que, dans la perspective structuraliste, le sens est bien plutôt ce

qui doit faire l'objet d'une réduction, et être dévoilé comme fondé dans des

processus dépourvus de signification. Commençant par retenir du point de

vue saussurien l'idée que le sens résulte de la combinaison ordonnée

d'éléments dépourvus de signification, Lévi-Strauss en vient à soutenir que

même les éléments pourvus de sens, dans leurs modes de combinaison,

peuvent et doivent se comporter comme ces éléments de bases dépourvus

de sens.

Enfin, G. Salmon part de la pensée symbolique, définie par Lévi-Strauss

comme science du concret , pour en élucider la distinction avec la pensée

scientifique : alors que les sciences construisent leurs taxinomies en sélectionnant

un nombre restreint de critères homogènes, mythes et classifications

symboliques articulent par homologie des niveaux taxinomiques non-congruents.

D'où les «incongruités de la pensée symbolique» : glissements

et courts-circuits analogues aux mécanismes des traits d'esprit mis en évidence

par Freud, ainsi qu'aux procédés propres à l'art de la mémoire

- dont l'analyse jette une lumière nouvelle sur l'activité synthétique propre

à la pensée symbolique.

D. P.

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