Philosophie, n° 115. Symbole et société

Philosophie, n° 115. Symbole et société

Philosophie, n° 115. Symbole et société
Éditeur: Minuit
201295 pagesISBN 9782707322562
Format: BrochéLangue : Français

Ce numéro est consacré à la question du symbole qui, souvent envisagée dans

ses aspects sémiologiques, sémantiques et esthétiques, l'est ici dans sa dimension

sociale et culturelle - renouant ainsi avec la signification originellement sociale du

terme, qui désigne un objet brisé dont deux individus se partagent les fragments

au terme du contrat conclu afin de se reconnaître au terme de la quête qui les

séparera.

Il s'ouvre par la traduction d'un texte de George Herbert Mead de 1922, «Un

compte-rendu behavioriste du symbole significatif». Il y récapitule les lignes de

force de sa psychologie sociale, montrant les conditions sociales de l'émergence du

soi , soulignant l'importance de la communication sociale et du symbole significatif ,

et redéfinissant l'activité de pensée comme relation du comportement à l'environnement

; critiquant la psychologie des peuples de Wundt, il retrace l'origine

de la communication à partir du jeu des gestes sociaux ; il y assume enfin un behaviorisme

social bien distinct du behaviorisme réductionniste de Watson.

Dans «L' Einfühlung comme symbolisme», Mildred Galland-Szymkowiak envisage

le lien entre symbolisation et intersubjectivité à partir des théories de

l' Einfühlung développées en Allemagne à la fin du XIX<sup>e</sup> siècle. Cette notion naît

d'une préoccupation esthétique - comprendre le processus par lequel un sens émotionnel

est attribué à des formes inanimées et abstraites - avant de servir, chez

Lipps, à élucider le caractère immédiat, originaire et paradoxal de notre expérience

d'autrui.

Puis Laurent Perreau expose, dans «Symboles et monde de la vie», les principaux

éléments de la sémiologie phénoménologique d'Alfred Schütz, analysant

plus particulièrement en détail sa théorie du symbole et de l'activité de symbolisation,

qui occupe une place centrale au sein de l'analyse descriptive des structures

du monde de la vie quotidienne.

Fuyant le nazisme, Cassirer et Lévi-Strauss se sont côtoyés au Cercle de Linguistique

de New-York où, avec Jakobson, ils contribuèrent à la revue Word par

des articles fondateurs du tournant structuraliste des sciences humaines. Dans «De

la Philosophie des formes symboliques de Cassirer à l' Anthropologie structurale de

Lévi-Strauss», Muriel van Vliet compare leur approche de la culture, analysant le

passage de la forme a priori kantienne et de la Gestalt goethéenne à la forme symbolique

et à la structure - l'oeuvre de Cassirer préfigurant l'anthropologie structurale,

et le Finale de L'homme nu jetant une lumière sur le système dynamique de

Cassirer.

Faisant retour dans «La réalité symbolique du social» sur le débat entre Sartre

et Lévi-Strauss, Gildas Salmon s'intéresse à la Critique de la raison dialectique , lue

comme une déconstruction de l'objectivisme sociologique hérité de Durkheim :

pour dissoudre la réalité sociale dans l'action politique, Sartre fait une lecture existentialiste

des Structures élémentaires de la parenté. Ce à quoi Lévi-Strauss répond

que le modèle saussurien du signe permet une objectivation non réductionniste des

faits sociaux et de l'esprit humain.

Bourdieu a conféré au pouvoir symbolique un rôle central dans l'analyse de la

société : il peut exercer une véritable domination qui s'ajoute à ses autres formes,

souvent en leur conférant une légitimité. Après s'être interrogé sur sa nature, Bruno

Ambroise pose, dans «Le pouvoir symbolique est-il un pouvoir du symbolique ?»,

la question de savoir si et comment il est possible d'échapper à son emprise.

D. P

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