Phénoménologie appliquée : essai d'europanalyse appliquée

Aujourd'hui, à un siècle exactement de distance du geste inaugural
de Husserl (1859-1938), très peu de phénoménologues partent
encore éperdument à la recherche d'un vrai commencement. Et si à
cet égard et beaucoup mieux que Heidegger, un penseur comme
Michel Henry conserve au moins le bon axe directeur, celui d'une
phénoménologie qui trouve un fondement transcendantal dans
l'affect, il importe cependant de ne pas arrêter à son travail
déjà accompli l'élan qui, au moins depuis Max Scheler - voire
Nietzsche, nous invite à fouiller ce domaine de nudité et de friches
qu'est l'affectivité, et où se joue pour les hommes l'urgence, quotidienne,
ordinaire, de s'expliquer intensément avec leur souffrance.
Prenant initialement source dans les travaux de psychopathologie
clinique aussi bien que de psychiatrie existentielle (Jaspers,
Binswanger, Maldiney...), l'europanalyse s'est progressivement élaborée
comme méthodologie et comme science de l'invention
humaine, dans l'approfondissement des démarches de recherche
husserliennes, dont l'enfouissement en immanence revêtait déjà tous
les caractères d'une mystique intime et d'une voie de connaissance.
Dans le présent ouvrage, le travail europanalytique ancre ses
analyses dans les aspects les plus communs de nos vécus (l'éveil, le
sommeil, l'attente...), et tente de manifester la dynamique propre de
la dépressivité , ainsi que la nomme P. Fédida, en déployant, hors
toute occurrence psychanalytique, l'horizon mouvant d'une
dépression qui se dépathologise en impression, c'est-à-dire qui s'assume
comme saisissement humain. Cette approche est l'occasion
pour la pensée contemporaine de recueillir le pathos réel dont est
animée notre civilisation , fût-ce sous les traits les plus ordinairement
symboliques ou administratifs (la carte d'identité, l'état civil,
le passeport...), pathos qui fait d'elle, non pas un simple agglomérat
de facettes culturelles, mais un véritable vivre-ensemble que
chacun éprouve au plus profond de soi, dans l'insaisissable creux de
sa chair rien qu'humaine.