Penser les frontières européennes au XXIe siècle : réflexion croisée des sciences sociales

La frontière n'est jamais innocente et elle n'est jamais (ou quasiment jamais) «naturelle».
C'est un artifice qui a d'abord servi à affermir une souveraineté, et donc un État, le
plus souvent contre les autres : en ce sens, l'Europe est le plus couturé de tous les
continents, suite à toute une histoire de négociations et surtout de guerres, à tel point
que l'on peut évoquer une véritable fragmentation de notre espace, traversé aujourd'hui
par environ 14 000 km de frontières. Comment ignorer cette réalité aujourd'hui que l'on
«fait» l'Europe ?
La question n'était pas taboue tant qu'on ne parlait que de désarmement douanier,
dont le but ultime était la création d'un Marché unique, mais maintenant que ces
frontières sont censées ne plus exister entre les États de l'UE au profit d'une seule et
même frontière commune qui doit nous définir par rapport au monde extérieur (et,
suivant certains, nous protéger contre lui), quel constat s'impose, et surtout quelles
propositions apporter ?
Des spécialistes des principales sciences sociales (droit, histoire, géographie, sociologie)
tentent ici une réponse, en s'appuyant sur des cas d'étude particuliers, présents ou
passés, et en s'aidant de leurs méthodes propres d'investigation.