Palimpsestes franco-bretons : l'autotraduction de Youenn Drézen

Youenn Drézen est, de l'avis des spécialistes, l'un des
meilleurs écrivains de langue bretonne du XX<sup>e</sup> siècle. Ses romans,
Notre-Dame Bigoudenn et L'Ecole du Renard ont connu, lors de
leur publication en français, une certaine notoriété, sans doute
plus manifeste en Bretagne. Il est cependant évident que ces deux
textes autotraduits - et donc nouvelles créations - s'insèrent
difficilement dans le contexte littéraire français, doublement
marginalisés de par leur aspect «régional» et de «seconde
main». «Comment peut-on être breton ?» s'interrogeait naguère
Morvan Lebesque : «Si le Breton écrit dans sa langue, ignoré ; s'il
écrit en français mais demeure en Bretagne, un conteur pour `coin
du terroir' [...] ; s'il vient à Paris, absorbé».
Quelques propos politiques discutables tenus par l'auteur
durant la Seconde Guerre mondiale aggravent la situation et lui
valent actuellement une censure presque totale.
Cependant Notre-Dame Bigoudenn peut dignement rivaliser
avec les romans consacrés de la «condition humaine». L'école du
Renard , aux accents rabelaisiens, occuperait une place de choix
dans le filon du roman de l'enfance, abondamment illustré en
France et ailleurs.
D'autres autotraductions, plus brèves, confirment l'originalité
de l'écrivain qui exploite avec habileté son bilinguisme et sa
biculturalité.