Noirs de Mauritanie : une vie de pierre

L'expérience mauritanienne, figée dans une dichotomie raciale et esclavagiste,
éclaire d'un jour nouveau les réalités africaines, hantées par plusieurs
antagonismes. Les extraits qui suivent illustrent, en guise de commentaire,
la souffrance et la colère de Lobadé, constatant avec émoi le renoncement
des élites.
«Le vivre ensemble ? ... Il faut enfin que les plaies soient correctement soignées.
Les pansements, ce n'est vraiment pas ce dont on a besoin. De vrais
soins pour guérir les plaies. A force de rester longtemps ouvertes, elles ont
fini par infecter tout le corps social. Pour guérir le mal, il faut aller à la racine.»
«C'est toujours en fonction de leurs propres référents culturels que les
chercheurs construisent et valident leurs théories. Je pense qu'il y a effectivement
une image caricaturale qui nous voile la face et nous empêche ainsi de
saisir dans toute son objectivité le vécu des sociétés observées.»
«La quête identitaire, hélas, ne se contrôle pas et elle finit souvent en
meurtre ! Hitler et ses sbires rêvèrent d'un peuple pur, sans tâche, grand, plein
de vie, conquérant, dominant... Le refus de l'autre parce qu'il est différent de
nous aboutit généralement à tous les excès.»
«... Il y a en effet une catégorie de citoyens à qui tout est possible, accessible
et une seconde catégorie de sujets, figures errantes, qu'on tolère mais
des gens à qui on ne concède aucun droit... Ils sont condamnés à un enfer où
ils s'enfoncent tous les jours sans pouvoir toucher le fond. Aujourd'hui les
victimes de la déraison de l'Etat ... refusent la domination.»
Abdoulaye Wane forge dans ce texte dur et proche du réel, de nouvelles
modalités de coexistence qui célèbrent la différence comme plus-value humaine.