Nasser

À un moment de son histoire où le monde arabe connaît une crise identitaire majeure, marquée
notamment par l'émergence de l'islamisme radical, voire du terrorisme, la figure de Gamal Abdel
Nasser resurgit dans la mémoire de peuples en quête d'un modèle.
Né le 15 janvier 1918 à Alexandrie, fils d'un modeste fonctionnaire des postes égyptiennes,
Gamal Abdel Nasser fut, dès son enfance, confronté à l'humiliation que l'Angleterre, puissance tutélaire,
faisait subir à ses compatriotes. Brûlant d'agir pour l'indépendance de l'Égypte, le jeune Nasser
choisit la carrière des armes, devint officier et se distingua par son intelligence et son courage lors du
premier conflit israélo-arabe, en 1948-1949. C'est à cette époque qu'il comprit que l'indépendance
ne pourrait être pleinement acquise sans de profonds bouleversements politiques. Il réunit autour de
lui un groupe de jeunes officiers résolus à renverser une monarchie corrompue et soumise aux intérêts
de Londres et, en 1952, organisa de main de maître le coup d'État qui aboutit à la destitution
du roi Farouk et à l'établissement de la république. Devenu le leader charismatique - le Raïs - de
son pays, Nasser négocia le départ des Anglais et entama une révolution politique, économique et
sociale caractérisée par la mobilisation des masses et l'instauration d'un socialisme original, ainsi
que par la volonté de se tenir à égale distance du bloc occidental et du bloc soviétique.
Si son ascension lui valut une popularité immense dans tout le monde arabe, elle lui attira aussi,
en Égypte même, l'hostilité déclarée des milieux conservateurs et islamistes qui, effrayés par son
nationalisme républicain, tentèrent tout pour l'abattre. Mais Nasser se heurta aussi à celle de puissances
occidentales peu désireuses de perdre le contrôle de cette région du monde : en 1956, la nationalisation
du canal de Suez entraîna une guerre où la toute jeune et encore fragile République égyptienne
dut faire face à la coalition des armées anglaise, française et israélienne. Puis, en 1967, une
attaque foudroyante d'Israël entraîna la perte du Sinaï. Vaincu sur le champ de bataille, Nasser sut
toutefois, dans les deux cas, reprendre la main par son habileté diplomatique, faisant la démonstration
de ses qualités exceptionnelles d'homme d'État.