Myrelingues la brumeuse ou L'an 1536 à Lion sur le Rosne

Le vendredi premier avril de l'an 1536,
il faisait en Savoie un temps cruel et
détestable. Depuis la Chandeleur - où
l'hiver meurt s'il ne reprend vigueur - le froid
devenait si rude que terre et gens en restaient roidis
et se cristallisaient sous les givres, neiges, glaces et
bises. La précédente saison avait été brûlante ; la
foudre et la grêle firent des leurs ; les arbres à fruits
séchèrent sur pied ; devant les mares à sec les vaches
moururent, "bouche baye"...
Sans cesse grandit le nombre des "pôvres" dont les
troupes répandaient une affreuse odeur sur les
chemins ; par rage de mâle faim, ils avalaient
poireaux, ciboules, ails, oignons crus - ce qui ajoutait
l'infection de leur haleine à celle de leur corps si
misérable, puant de dysenterie et caquesangue.
Certains se livraient aux brigandages ; beaucoup
retournèrent à la barbarie ; heureux ceux qui, rares,
se rendirent à l'Aumosne de Lyon - Lyon, la
brumeuse "Myrelingues", cette Babel des foires, où
pendant des mois on put les repaître.
Myrelingues la brumeuse, le chef-d'oeuvre de
Claude Le Marguet.