Murs de papier

Exclusivement vouées à l'investigation de la micro-cellule familiale,
les dix nouvelles de Murs de papier livrent, sur un mode à la
fois drôle et acerbe, le point de vue des enfants eux-mêmes. Jamais
encore ce regard pour ainsi dire en contre-plongée n'avait démonté
avec une telle pénétration les mécanismes socio-psychologiques du
comportement parental.
Se sentant ainsi soumis à l'observation permanente de ses
parents, l'enfant se fait l'effet d'être «le maillon d'une expérience»
et de subir «une batterie de tests» dont les résultats vaudront
très sûrement à ses géniteurs «un titre de docteur». Ailleurs, c'est
sa propre fonction d'alibi qu'il met au jour : «Hier nous avions
donné sens à leur vie, aujourd'hui, nous étions là pour les distraire,
demain nous aurions à subvenir à leurs besoins.» C'est encore
l'usage infantilisant d'une parole munie de «sécurité-enfant»
que dénonce l'enfant s'insurgeant contre le rôle d'asservissement
de cet «appareil de pouvoir qui, si possible, étoufferait dans l'oeuf
mon indépendance d'esprit.»
Aux antipodes tant de la mièvrerie que du réalisme, l'extrême
lucidité de ces enfants, leur capacité d'analyse et d'abstraction
exacerbée n'est pas sans rappeler, dans une certaine mesure, le
cinéma du premier Haneke. Mais la comparaison s'arrête là en
raison de l'humour dont ne se départit jamais la langue de Hanno
Millesi, et qui rend la lecture de ces dix petits textes véritablement
jubilatoire.