Mouvement social (Le), n° 235. Les frontières de la formation syndicale

Comment former ces adultes que sont les syndicalistes
? Rolande Trempé et Marie-Noëlle
Thibault avaient répondu en historiennes
à cette question dans notre n° 100. C'est
aujourd'hui tout un numéro spécial pluridisciplinaire qui traite des trois
âges de la formation syndicale en France.
L'âge de l'éducation ouvrière dure du XIX<sup>e</sup> siècle aux années 1950. Puis
le terme de formation syndicale s'impose pour délimiter un domaine
spécifique, l'enseignement du syndicalisme, distinct des autres activités
syndicales et des autres pratiques éducatives. Il combine une offre de
savoirs élaborés par les organisations et une demande des militants, l'une
et l'autre encadrées par les grandes centrales. Depuis le début des années
1980, en un temps d'élévation de la qualification des responsables, de
renouvellement générationnel, mais aussi de baisse des effectifs, de transformation
de la société et de mondialisation de l'économie, la formation
syndicale s'éloigne de la philosophie de l'éducation populaire et réduit
la fonction d'élaboration politique globale pour tenter de diffuser les
droits des salariés, de retrouver une cohésion et de gérer les parcours des
permanents. Partout les modèles de formation centralisés rencontrent
difficultés et critiques, mais les oppositions internes peinent à leur trouver
une alternative.
À travers la diversité des organisations (CGT, CFTC-CFDT, FEN, FO,
CGC) et des temps forts de l'histoire sociale de la France, la question
est posée des contenus et des fonctions de la culture syndicale, entre
conceptions des enseignants et des intellectuels, des partis politiques et
de l'État, et aspirations des femmes et des hommes, salariés ou chômeurs,
qui s'engagent.