Moïse Tshombe : sécessionniste ou nationaliste ?

Si Moïse Tshombe est l'une des figures politiques les plus marquantes
de l'Histoire de la RD Congo, il demeure - à mes yeux - le personnage
historique le plus complexe de notre mémoire nationale. D'où mon
interrogation, empreinte de gravité : qui est Moïse Tshombe ? Comment
présenter ce personnage à notre postérité, d'autant que la nation congolaise
- réunie en Concertations nationales (octobre 2013) - a «souhaité» la
réhabilitation (politique) de Moïse Tshombe. Sécessionniste ? Nationaliste ?
Sécessionniste puis nationaliste ?
Génériquement, des travaux disponibles, nombreux à ce jour, distinguent,
dans une stricte dualité, et (donc) sans grande possibilité d'établissement
des ponts et liens (historiques) logiques, deux pans, à partir des actions
posées par Moïse Tshombe. D'une part, des actions menées en sa qualité
de «Président de l'État indépendant du Katanga», du 11 juillet 1960 au
14 janvier 1963. D'autre part, les actions politiques importantes posées en
tant que «Premier ministre du Congo-Léopoldville», du 6 juillet 1964 au
13 octobre 1965.
Ce livre sera, sans aucun doute, salué par les spécialistes pour l'exercice,
fort laborieux et minutieux, entrepris par l'auteur dans l'éclaircissement
du parcours biographique de l'homme. Mais son grand mérite réside
dans le fait qu'il (dé) montre surtout que l'on ne peut comprendre Moïse
Tshombe qu'en le replaçant dans la complexité des conditions politiques
de l'indépendance de la RD Congo, en 1960. Avec ses enjeux divers, ses
fragilités, ses espoirs, ses désillusions. On ne peut saisir Moïse Tshombe
qu'en reconvoquant non seulement cette configuration géopolitique du
début des années 1960 mais également la spécificité géostratégique de
notre pays historiquement constitué comme un élément du capitalisme
international.
Loin de quelque hagiographie, ce texte constitue une contribution
essentielle à la connaissance de l'action concrète de Moïse Tshombe dans
l'histoire générale de la RD Congo : il participe, de fait, de la compréhension
et de la réconciliation des mémoires nationales de notre pays.
Professeur Eddie Tambwe Kitenge