Modernités, n° 36. Soi-disant : poésie et empêchements

Le présent volume vise à réfléchir sur les obstacles
à l'expression de soi en poésie : réticences, pudeur,
autocensures, métaphorisations, voix obliques, messages
implicites, voix discrète ou secrète, obstacles provenant
de l'environnement social ou du sujet lui-même... Autant
de difficultés, pour un poète, à être «soi disant». C'est la
situation paradoxale, ou aporétique, ou contradictoire,
qui pour tel ou tel poète suppose une intention de se dire et
l'impossibilité de le faire : double postulation simultanée d'un
lyrisme retenu, l'une vers un vouloir-se-dire, l'autre vers un
ne-pas-pouvoir-le-faire, là où l'intention de se dire en poésie
est travaillée par les empêchements, subis ou assumés par les
poètes, de ce dire même.
Cette problématique concerne à la fois la poésie occidentale
et la poésie orientale. C'est pourquoi ce volume, fruit d'une
collaboration entre universitaires français et japonais,
donnera une place importante à la poésie japonaise. Outre
des poètes comme Nerval, Laforgue, Péguy, Reverdy, Breton,
Genet, Guillevic, Dupin, Jaccottet, Albiach, Hocquart,
Royet-Journoud, Stéphane Bouquet, et aussi Beckett, il
sera question de poètes japonais, comme Bashô, Masaoka
Shiki, Kenji Miyazawa, ou Kôtarô Takamura, sans oublier
l'esthétique particulière du haïku et l'attrait que le poème
court japonais a exercé sur les poètes occidentaux du XX<sup>e</sup> siècle
dans leur recherche d'un effacement de la subjectivité.