Modernités, n° 30. Poétiques de la durée

Prêter attention à la durée dans la littérature peut
apparaître inattendu. Est-elle davantage, pour le roman, qu'un
outil d'analyse narratologique ? Et plus largement le motif de
l'instant n'a-t-il pas davantage d'intérêt, comme le montrent les
études auquel il a donné lieu au cours des dernières années ?
Ce volume voudrait montrer que, au-delà de ces
représentations, la durée, entendue comme segment de temps
limité et comme continuation indéfinie, est une notion centrale
de la littérature de la modernité : du roman, du journal
intime, mais aussi de la poésie. Elle conduit à s'interroger sur
la représentation de l'existence humaine, entre grandeur et
banalité. Elle pose la question du récit : comment le romancier
peut-il figurer le flux du temps, sans trame ni repères, tout en
écrivant encore un récit ? Et finalement, quel que soit le genre,
elle constitue l'une des expériences centrales du sujet moderne,
l'expérience d'un temps partagé et pourtant intime, celle d'un
deuil à venir informulable.