Modernités, n° 21. Deuil et littérature

La tâche du deuil ? «Maintenir vivant comme objet perdu»
celui ou celle que nous avons perdu. C'est-à-dire : ne pas fantasmer
son improbable survie, sans céder non plus à l'effacement
de l'oubli, cette deuxième mort symbolique, presque plus
terrible que la première réelle. Est-ce cela que la littérature
nous permet, ou plus modestement nous promet ? Une reconnaissance
et une conversion de la perte, qui composerait avec
la dimension mélancolique en y échappant ? L'objet de ce livre
est plutôt de laisser résonner cette question, d'en suivre le trajet
sur deux siècles et dans certaines oeuvres majeures de la
modernité. De nouer des fils, d'ouvrir des pistes, de mettre en
écho du début du XIX<sup>e</sup> siècle jusqu'à des textes tout à fait
contemporains cette problématique union, cette tension constitutive
entre deuil et écriture. Pour être fidèles à ce qui pourrait
être la définition même de la littérature : l'incessant
dialogue entre les vivants et les morts.