Migrations maghrébines comparées : genre, ethnicité et religions (France-Québec, de 1945 à nos jours)

Considérer les mots «migration», «exil», «exode», dans un sens qui n'est pas
négatif, c'est prendre le mouvement nomade, et avec lui l'inscription du partage et
de la séparation, «comme une manière authentique de résider» procurant la faculté
d'«un rapport nouveau avec le 'vrai'». Voilà ce qu'avance Maurice Blanchot qui
formule par l'affirmative la non-possession : «le nomadisme répond à un rapport
que la possession ne contente pas».
Le mouvement migratoire s'examine dès lors comme potentiel de déconstruction,
voire de sape des rapports de domination, de colonisation, d'aliénation qui régissent
le monde occidental. Le mouvement migratoire en tant que processus-même de la
condition d'exister.
L'ouverture à une idée de migration qui soit constitutive de la recherche d'un rapport
juste s'est dessinée peu à peu grâce à l'expérience dépassionnée des mouvements
Maghreb-Québec non entachés de passé colonial. L'expérience québécoise permet
ainsi d'examiner le rapport Maghreb-France enfin détaché de la séparation coloniale,
que ce soit celui de l'ex-colon ou de l'ex-colonisé, qu'il s'agisse du migrant ou qu'il
s'agisse du décolonisé «dé-patrié» à jamais dans un exil intérieur, dont Assia Djebar
a pointé la déshérence.
Les contributions d'un colloque sur l'approche comparée des migrations maghrébines
en France et au Québec depuis 1945 sont ici réunies, le propos étant largement enrichi
de l'oeuvre d'écrivains comme Albert Memmi, Leïla Sebbar ou Isabelle Eberhardt.