Métamorphoses du sacré : acculturation, inculturation, syncrétisme, fondamentalisme

Au cours des dernières décennies, le Zeitgeist de notre société occidentale a connu
un double mouvement, centrifuge et centripède. Le premier est marqué par un
regain de sécularisation, par le laïcisme, par la querelle du sacré, par une recrudescence
des sectes ainsi que par la révolution culturelle de 1968. Le second par
contre connaît un renouveau dans la quête des valeurs, il a vu l'apparition d'un
nouvel esprit scientifique et anthropologique et il a grandement bénéficié de l'apport
du concile Vatican II. Grâce à l'oeuvre de plusieurs historiens des religions et
plus spécialement à celle de Mircea Eliade, l'espace des études sur le sacré s'est
élargi de manière considérable par suite de son exploration à la lumière de la phénoménologie,
des recherches de sémantique historique et d'une herméneutique
basée sur le comparatisme. Avec la collaboration d'une centaine d'historiens des
religions et des cultures nous avons publié à Milan un Traité d'anthropologie du
sacré. Le présent livre constitue l'édition française du dixième et dernier volume
du Trattato italien consacré aux Métamorphoses du sacré. Dans notre dossier nous
avons retenu quatre phénomènes significatifs de la rencontre du sacré dans les cultures
et les religions : acculturation, inculturation, syncrétisme, fondamentalisme.
Acculturation est un concept utilisé par les anthropologues depuis la fin du 19<sup>e</sup> siècle
en vue de décrire des phénomènes d'échanges culturels entre des groupes de
traditions différentes. Inculturation constitue un terme théologique utilisé par le
pape Jean-Paul II pour expliciter la rencontre de l'Evangile avec les diverses cultures
du monde dans une perspective missiologique. Ce concept novateur inclut
les notions de croissance et d'enrichissement mutuel. Inventé par Plutarque et
repris par Erasme, syncrétisme a eu au 19<sup>e</sup> siècle une connotation péjorative :
mélange ou mixité religieuse. Au terme d'un long débat entre les historiens des
religions un accord semble s'établir pour limiter syncrétisme à une utilisation en
référence à un contexte historico-religieux bien précis. Né vers 1910 au cours des
recherches des exégètes protestants américains, en réaction contre les nouvelles
orientations des biblistes, fondamentalisme est devenu le concept-clé du rejet de la
modernité. Utilisé pour caractériser les intégrismes religieux il a fini par déborder
sur le domaine socio-politique allant parfois jusqu'à la violence et le terrorisme.
Ce livre est un large débat consacré à ces métamorphoses du sacré qui sous-tendent
les discussions actuelles concernant la modernité et la mondialisation.