Lire Montherlant

L'oubli - relatif finalement - dans lequel est tombé
Montherlant n'est que passager, il n'est pas l'antichambre du
silence. Au tournant du siècle, les lignes commencent à bouger ;
l'opposition bien simpliste entre «modernité» et «tradition»,
entre «avant-garde» et «arrière-garde» n'est plus pensée de la
même manière. On ne doit pas oublier que la créativité de
Montherlant se déploie sur plus de cinquante ans, que ses premiers
lecteurs l'ont reconnu comme un de leurs contemporains
majeurs, c'està- dire comme un authentique «moderne». Adulé -
ou haï - dans les années 30, catalogué comme conservateur dans
les années 50, Montherlant a connu et connaît encore une hostilité
qu'il est inutile de nier. Mais pour les jeunes générations,
Montherlant est surtout un inconnu. D'une certaine manière,
cette méconnaissance est une chance. Elle signifie que le temps
du rejet est passé, que toutes les découvertes sont permises dans
une oeuvre polymorphe que chacun s'appropriera à sa manière.
Moderne, puis démodé, un texte peut retrouver une forme d'actualité
plusieurs décennies après sa parution. C'est la conviction
des articles recueillis dans ce volume : il est temps de relire - ou
de Lire - Montherlant.