L'esprit d'Alexandrie

Christian Ayoub Sinano connaissait mieux que personne l'histoire et la petite histoire de sa ville, Alexandrie, tout comme la généalogie de ses habitants ; il était sa véritable mémoire, lucide et ironique. Il n'avait pas attendu la vague d'engouement d'aujourd'hui pour cette ville pour la recréer, la chanter d'abord dans un roman poétique, prophétique, Artagal, qui évoquait sous le nom symbolique de Césarée l'âme cosmopolite, nostalgique de ses habitants et de sa société qui s'est enfuie. Ensuite pour en distiller avec humour et finesse toute la quintessence pathétique, à la fois triste, clinquante, frivole et ridicule dans deux recueils de nouvelles, Pola de Péra et Proses pour Pola, la diva stambouliote « faible dans les bras des forts » qui donne son nom à ces ouvrages, et dans Piera de Pola qui y fait écho.