Les vertiges du miroir dans l'art contemporain

Depuis qu'Alberti a déclaré en 1435 que le miroir est le juge de la
peinture, le miroir plan s'est imposé comme un mode d'organisation du
regard par le truchement de la perspectiva artificialis. Or, cette réflexion
parfaite n'est plus de mise dans l'art du XX<sup>e</sup> siècle, en particulier depuis
les années 1960.
Les artistes comme Robert Morris, Robert Smithson, Michelangelo
Pistoletto, Jeff Wall, Bill Viola, Yayoi Kusama, Larry Bell, Anish Kapoor,
Vladimir Skoda, ou encore Casten Höller, Jeppe Hein, David Altmejd,
Olafur Eliasson, pour n'en citer que quelques uns, créent des surfaces et
des dispositifs spéculaires qui font appel au vertige des sens. Leurs oeuvres
témoignent d'une déréalisation du monde et d'une dépersonnalisation du
sujet à travers des miroirs vides, fragmentés, déformés ou abyssaux... Le
spectateur est invité à faire l'expérience du miroir qui n'est plus seulement
à regarder sur le mode intimiste, mais sur le mode relationnel entre le
corps, l'espace, la lumière et le temps.
Soko Phay montre de quelles manières le miroir participe aux transformations
de l'art contemporain, en renouvelant les catégories esthétiques
par-delà les genres et les médiums. Son ambition est d'interroger
les fonctions du miroir dans notre culture visuelle, tout en donnant à
penser notre coexistence avec l'Autre.