Les Pierrots lunaires

Et, malgré tout, malgré leur inconsistance
naturelle, malgré leur manque de poids de
pierrots lunaires, malgré qu'ils n'aient
jamais été habillés que par des oripeaux et des lambeaux de
vêtements inhérents à leur vie d'emprunt plutôt que d'être
des vivants à part entière, malgré leur manque total
d'épaisseur existentielle, malgré l'énigme congénitale qui
caractérisait leur silhouette, et cette allure qui leur collait à
la peau de se faufiler entre chien et loup, malgré tout, ils
s'aimaient, tous les deux, d'amour -fou.
Ils se nécessitaient l'un
l'autre, au point que, si l'un était
venu à disparaître, l'autre en serait
mort de chagrin.
Comme s'ils n'étaient
entrés dans cette condition, la leur,
de pierrots lunaires, que pour faire
ce dont seuls des pierrots lunaires
de leurs espèces sont capable de
faire : jouer ce jeu d'amour qui
était le leur, et le jouer à en
mourir, se raccrocher ainsi à cette
seule bouée de sauvetage qui leur
soit offerte sur la mer de la vie...