Les perles noires de Gorée

«Les Blancs ne savent pas bien s'orienter d'après les points
cardinaux», dit le jeune Malik à l'étranger venu se perdre dans l'île
de Gorée.
Ces dix nouvelles témoignent de leur trouble en terre africaine. Et
pas seulement face aux points cardinaux. Loin des histoires de lions
et de tout exotisme de pacotille, elles content la rencontre difficile,
ancrée dans le quotidien, entre des mondes différents, des trajectoires
personnelles que rien ne prédisposait à se croiser, des illusions
dissemblables qui ne peuvent mener qu'au malentendu.
Le style de l'auteur, dépouillé, nerveux, l'aide parfaitement dans son
dessin au fusain des personnages et la photographie en noir et blanc
des scènes et des lieux. Du soldat rêveur devant l'océan à l'enfant
des rues de Niamey, de la jeune photographe de presse au vieux nazi
exilé en Namibie, de l'infirmier perdu face à ses responsabilités dans
la lutte contre le sida au charme ambigu des femmes de Gorée, le
récit mêle l'humour à l'effroi, la mémoire à la tendresse, et laisse le
lecteur souvent sans réponse face à d'inévitables points de suspension.
Niamey Post , les récentes lettres du Niger de l'auteur (L'Harmattan,
2008), et son roman Lithographies de l'Eifel et de l'Ahr avec dédicace
au Kronprinz (Le Cri, 1993), offrent des résonances parfois
inattendues avec ces nouvelles des Perles noires de Gorée.