Les émigrés charentais, 1791-1814

Malgré quelques études brillantes, les émigrés de la contre-Révolution
française restent nimbés de mystère. Avant de proclamer
péremptoirement qu'ils furent des martyrs donnant leur vie à Dieu et au
Roi, ou au contraire des traîtres prêts à tirer sur d'autres Français, il faut les
dénombrer. C'est l'objet de ce livre minutieux, qui établit que la paisible Charente,
loin des frontières et du fracas des armes, fournit 410 émigrés et 77 radiés, ce qui
correspond à un peu moins de 2 % du total national.
Les listes qui furent établies jusqu'à leur retour, massif et souhaité au début de
l'Empire, sont avant tout des documents bureaucratiques, où les anciens privilégiés
devenus proscrits devaient fournir à une administration tatillonne des attestations
qu'ils ne s'étaient nullement préparés à rassembler. Le résultat est la somme très
sûre d'une série d'incertitudes. L'émigré charentais type est bien un jeune officier
pauvre, souvent cadet de famille nombreuse, et tirant ses ressources du seul service
du Roi. Mais à côté de ces militaires sans troupes, on fait des rencontres très
surprenantes. Ils croyaient partir quelques semaines ; leur périple dura plus d'une
dizaine d'années, les menant de l'Espagne à la Russie et parfois aux îles des
Amériques. De cette dure épreuve individuelle, neuf sur dix revinrent, et ils
opérèrent parfois de beaux rétablissements de fortune, tant il est vrai qu'aucune
société, même si elle tranche la tête du Roi, ne peut subsister sans une certaine
continuité de l'autorité et des hiérarchies.