Les désastres coloniaux

France-Afrique et perle indochinoise, Empire des Indes et axe Le
Cap-Le Caire, frontière de l'Ouest américain, quatrième rivage italien
en Éthiopie, souvenir de reconquistà au Maroc : rêves au XIX<sup>e</sup>
siècle de bâtisseurs d'empires.
Permise par les progrès scientifiques et techniques, appelée par le
capitalisme triomphant, opposant des sociétés agraires à des États-nations
s'industrialisant, la domination des métropoles blanches se
répandit sur la planète - non sans quelques dures défaites militaires.
Menées par des colonnes mobiles, mais alourdies par leur armement
et leur ravitaillement, certaines expéditions coloniales furent
anéanties par le milieu humain et physique hostile, par la profondeur
géographique des continents.
Restreints par rapport à la «grande guerre» manufacturière européenne,
ces désastres coloniaux ne retardèrent que temporairement
les conquêtes. Mais ils rééquilibrèrent les géopolitiques impériales,
bouleversèrent les politiques intérieures, traumatisèrent les opinions
publiques, enflammèrent les controverses entre partis coloniaux et
partis anti-colonialistes, exaspérèrent les ressentiments des colonisés,
mythifièrent puis démythifièrent les morts tragiques : Custer,
Flatters, Gordon...
Confrontations de civilisations, ils suscitèrent aussi des guerres civiles,
guerriers autochtones contre soldats indigènes enrôlés par le
colonisateur.
Que sont devenues depuis les indépendances, dans les mémoires et
les politiques, ces victoires anti-coloniales face à la décolonisation
de l'histoire puis aux injonctions de repentance ?