Les allumettes de l'enfant du nouveau monde

L'humanisme dans la tourmente, stigmatisant dans des
dialogues camusiens la nouvelle Peste qui ravage le pays, de
l'intérieur, cette fois. Rahi, vieux sage des îles, échoué dans
la capitale, peintre malade et alcoolique qui crie sa révolte
sur sa toile ; Alain, critique littéraire lucide et engagé, idéaliste
en rupture de ban ; sa fille Raïssa, murée dans son
mutisme depuis qu'elle a été victime de la violence néonazie
; Tepano, jeune homme de bonne volonté, fraîchement
débarqué au pays qu'il croit encore des droits de l'homme
- par delà l'histoire romancée de ces personnages et des liens
de respect, d'amitié et d'amour qu'ils entretiennent, c'est un
essai critique sans complaisance et sans appel qui est proposé
au lecteur : tableau d'une société aliénée, ayant perdu
ses repères et ses valeurs, de notre société d'intolérance et de
sectarisme où «la différence est une maladie» ; évocation
d'une France contemporaine qui échappe mal à la tentation
de la dérive totalitaire. Si la férocité des analyses et de l'humour
débouche à l'occasion sur la dérision et la bouffonnerie,
c'est que le fou a le privilège de pouvoir dire la vérité.
Face à la révolte suicidaire des leurs, la veulerie et la violence
des autres, Tepano et Raïssa succomberont-ils à leur
tour au rêve incendiaire de l'enfant du nouveau monde ? Ou,
dans leur quête d'équité et d'authenticité, devront-ils, pour
sauver leur amour naissant, repartir pour les Îles Bienheureuses
et fuir dans l'utopie et le ressourcement dans une
communauté où «la ronce distille le miel» ?
M. H.