Lecture et pratique de l'histoire dans l'oeuvre d'Assia Djebar

Écrire pour «me parcourir», dit-elle. Ainsi peut-on résumer
le projet artistique d'Assia Djebar.
La conscience d'une histoire personnelle inextricablement
mêlée à l'histoire nationale va de pair avec son
souci d'interpeller les vivants comme de dialoguer avec les
morts. Pour elle, il s'agit de reconstituer, dans et par l'écriture,
les moments successifs et continus de l'Algérie et de
mettre à découvert «l'Absent de l'histoire» cher à Michel
de Certeau. C'est-à-dire de pointer vides et défaillances
des systèmes idéologiques mis tour à tour en place pour
mieux asservir l'Histoire au pouvoir, mais aussi d'ouvrir au
rêve d'une Algérie plurielle, multilingue et multiculturelle,
qui ne cesse d'irriguer cette oeuvre.
Se parcourir, donc, pour concilier tradition et modernité,
mais y déployer tout autant une perpétuelle liberté de
fugitive.
Se dessine ainsi dans l'oeuvre d'Assia Djebar, en marge de
tout modèle préétabli, un travail de la limite susceptible
de devenir porte-parole de ceux dont on étouffe la voix et
de rappeler l'unique patrie qu'est, pour le poète, l'écriture.
Ce livre y amène en suivant le fil qui va de La Soif et des
Impatients aux Nuits de Strasbourg. Il analyse, successivement
et d'une manière neuve, la quête autobiographique,
la reconquête du passé et la dialectique entre l'hier
et l'aujourd'hui, en focalisant chacun de ses chapitres
autour d'une oeuvre de la Grande Dame du Maghreb.