L'écoute de l'intime et de l'invisible : la psychanalyse, plus en corps ?

Freud a progressivement perdu de vue le «corps
de chair» sur lequel il s'étayait au départ. Ne
serait-ce pas paradoxalement parce qu'il privilégiait
l'espace et la représentation au détriment du
temps et de l'irreprésentable ? Que, loin d'accepter
la vie pulsionnelle, il voulait la soumettre tout
entière à la «dictature de la raison» , comme il l'a écrit à différentes reprises
?... En cela, il n'aura fait que suivre la pente de la culture occidentale.
L'Occident, dont les produits par excellence sont la science et les
technologies, n'a jamais pu accepter le dépassement de la maîtrise.
Nous en voyons les effets néfastes aujourd'hui, particulièrement dans
les domaines des relations humaines et de nos styles de vie.
La psychanalyse serait-elle restée au milieu du gué,
oscillant entre pratique hébraïque et théorie grecque ?...
Ouvrage d'une grande liberté de ton, qui ne craint pas de briser les tabous qui
règnent dans les milieux analytiques et de bousculer bien des «idées reçues», ce livre
d'Alain Amselek, fruit d'un trajet atypique de psychanalyste, nous fait voyager
entre Jérusalem et Athènes, qui toutes deux inspirent la démarche de Freud.
L'auteur partage son long cheminement qui l'a conduit à cultiver une écoute véritablement
charnelle, privilégiant non pas une clinique du moi, renforçant le contrôle
mental, mais une clinique du soi, de l'«éprouver-soi» comme il le nomme, permettant
un «lâcher-prise» des fixations imaginaires. C'est cette clinique de l'«intime
intimité», qui déloge de leur statut la représentation et la théorie, que nous déflore
avec audace cet essai.