Leçons de ténèbres et de lumière

«Salomon se demandait souvent si la société vivait pour
elle-même ou pour autre chose. Tous les chats ne se
préoccupent pas ainsi de ces problèmes sans solution, mais ils
sont plus nombreux qu'on ne le croit à souffrir de ce genre de
pensées élevées.
C'était, Salomon, un chat de la Ville. Il vivait dans une cave
assez confortable, près du Parc Adolf-Hitler, ancien Parc
Montsouris, et il ne laissait d'avoir des difficultés d'ordre
matériel et sentimental avec ses ex-compagnes. Il appréciait la
littérature, ce qui, encore une fois, n'est pas rare chez les félins
occidentaux, surtout à partir d'un certain âge. Un goût
particulier pour la sérénité, une évidente prospérité acquise à
la suite d'une longue expérience de la vie urbaine, et de
nombreux amis, jusque parmi quelques chiens du quartier,
dont moi....»
Ce livre, qui n'est rien d'autre qu'une intense réflexion
sur la justice immanente, peut décevoir ou dérouter ceux qui
me connaissent. On pouvait s'attendre dorénavant à quelque
chose de beaucoup plus intimiste et autobiographique de ma
part. En réalité, vous l'ignoriez, je suis un Fabuliste. Seule
la Fable peut rendre compte de la réalité. Seule la
monstruosité de la fiction peut nous faire comprendre notre
monstruosité.
Car j'ai peur que la fiction d'aujourd'hui ne soit la
réalité de demain... Ferais-je partie de ces Prophètes qui
polluent les Écritures de leurs assommantes prédictions ?