Le village

Ce serait du populisme dans la meilleure acception du terme :
Le Village chante inlassablement le petit peuple d'Islande
d'autrefois avec ses joies, ses peines et son intime familiarité de tout
ce qui est vivant - sans emphase ni déploration ni arrière-pensées
politiques ou idéologiques. L'auteur (1917-2000), qui n'a presque
écrit que des poèmes, force l'admiration par sa simplicité, le
vouloir-vivre qui aura animé toute son existence et cette
communion tant avec les grandes forces naturelles qu'avec le
prestigieux passé médiéval qui restent la marque de tous les grands
écrivains de l'île aux volcans. Jón est un homme libre : s'il s'inscrit
dans le grand mouvement de libération poétique qui s'appelle, là-bas,
"poètes atomiques", s'il récuse tout embrigadement
communiste après avoir été séduit, un temps, par le marxisme, s'il
est possible que le doute ou, à l'inverse, une aveugle confiance en
un destin qui demeure la principale divinité de ce petit peuple
depuis que nous le connaissons, soient bien sa marque, il reste que
ce poète attaché à ces forces occultes qui sondent, à notre insu, nos
reins et nos coeurs, nous interpelle de sa voix fraternelle, il est celui
qui ne veut pas s'aveugler sur les blandices de la modernité, la rude
expérience qu'il garde de la vie lui dicte une oeuvre émouvante et
vraie. Il est celui qui sait que "ton village chemine partout avec toi".