Le sexe en solitaire : contribution à l'histoire culturelle de la sexualité

Le sexe en solitaire : contribution à l'histoire culturelle de la sexualité

Le sexe en solitaire : contribution à l'histoire culturelle de la sexualité
Éditeur: Gallimard
2005512 pagesISBN 9782070732791
Format: BrochéLangue : Français

D'ouvrages en recherches, patiemment, Thomas Laqueur élabore une histoire

culturelle de la sexualité, marquée par la disjonction des représentations

sociales et morales d'avec les éventuelles découvertes médicales : le discours

sur la sexualité, aussi libre qu'un jeu de l'esprit, ignore l'entrave des faits. Le

cas de la masturbation vient à nouveau l'illustrer.

1712 : dans les bas-fonds littéraires de Londres, paraît une brochure anonyme.

De l'habituel flot d'écrits pornographiques, rien ne la distingue. Sinon

son titre, étrange, interminable, dérivé d'un épisode, mineur et interprété à

contre-sens, de la Bible : Onanie ou L'odieux péché de pollution de soi-même,

et toutes ses effroyables conséquences, considéré chez les deux sexes, accompagné

de conseils spirituels et physiques à tous ceux qui se sont déjà blessés

par cette abominable pratique.

Comment expliquer que ses thèses connaîtront, en moins d'un siècle, un

succès mondial, traduites et relayées dans les principales langues, appuyées

par les autorités théologiques de toute confession, promues au rang du mal

social extrême sous la plume des plus grandes autorités pédagogiques, médicales,

puis psychanalytiques ?

Il faut suivre Thomas Laqueur dans sa vaste enquête. Il perce d'abord

l'identité de l'auteur, John Marten, chirurgien et charlatan. Il montre ensuite

que, des Anciens aux Pères de l'Église, le plaisir en solitaire était condamné

uniquement parce qu'il ne donne pas lieu à enfantement. Ce sont les Lumières

qui font de l'onanisme un problème majeur. C'est l'époque où naît l'économie

politique, qui pose que la satisfaction des plaisirs individuels, par le jeu du

marché, permet à l'égoïsme forcené de chacun de contribuer au bien-être de

tous et d'oeuvrer, par sa limitation, à l'émergence de la société. Or, de tous les

plaisirs, le solitaire est le seul à ne connaître ni limite ni satisfaction sociale

contribuant à l'enrichissement de tous. C'est aussi le temps du Contrat social ,

de la citoyenneté naissante, du rapport de l'individu à la société par les droits

et les devoirs. Or la masturbation isole l'individu de toute socialisation, dans

les fantaisies galopantes d'une imagination qui échappe à la logique politique.

L'Occident va donc faire de cette pratique une menace majeure pour l'ère de

l'individu.

Quitte à ce que, lorsque reflue la terreur de l'onanisme, celui-ci devienne

chez certains contemporains la forme suprême et revendiquée du plaisir.

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