Le rôle politique de la presse au Brésil : de l'élection à la réélection de Lula

Ex-ouvrier métallurgiste, leader syndical et fondateur du
Parti des Travailleurs - la plus grande formation de
gauche d'Amérique latine -, le président brésilien Luiz
Inácio Lula da Silva n'a jamais eu de relations faciles
avec la presse de son pays. Cette dernière a en effet
appuyé, en grande majorité, le coup d'État qui a mené à
la dictature militaire (1964-1985), et mis, depuis le rétablissement
de la démocratie, toute son énergie au service
des candidats conservateurs. Cela n'a pas empêché
finalement Lula de l'emporter en 2002, et d'être réélu en
2006, les deux fois avec un nombre record de suffrages.
Cet ouvrage met l'accent sur le rôle d'acteur politique
que joue la presse au Brésil, avec ses intérêts propres, y
compris économiques, même lorsqu'ils sont dissimulés
sous le manteau des grands principes démocratiques
(«l'indépendance du quatrième pouvoir», «l'intérêt
public», etc.). Publiant des témoignages inédits provenant
des coulisses du gouvernement et des rédactions,
Giancarlo Summa montre comment un leader charismatique,
qui gouverne au nom des intérêts matériels et
symboliques de la majorité défavorisée de la population,
parvient à rompre le blocus des médias traditionnels. Le
choix du président d'une communication directe (meetings,
messages télévisés, Internet, recours à la presse
locale et aux radios communautaires, etc.) lui a permis
assurément de contourner le monopole médiatique des
grands groupes commerciaux. Cependant Lula a
renoncé à mettre sur pied une véritable politique de
communication susceptible de remettre en question les
intérêts structurels de ces grandes compagnies et de
favoriser la création de médias alternatifs d'importance.
Tels sont les constats formulés par un auteur qui, outre
ses sources personnelles, s'appuie sur une documentation
historique et statistique considérable.