Le retour

Sur le long trajet de retour, chaque soir dans ma cabine,
je m'allongeais sur ma couche. Le claquement des drisses et
des écoutes, le sifflement du vent dans les voiles et les mats, les
assauts des vagues contre la coque me donnaient des frissons.
Les yeux clos, mon esprit errait, loin de ce navire et du Grand
Océan et me transportait dans ma maison abandonnée, là-bas, dans le Yorkshire.
Je m'imaginais dans la diligence. Les sabots des chevaux
claquaient et résonnaient sur les pavés des rues, sur les
chemins de mes campagnes. Les sifflements du fouet du cocher
cinglaient l'air. Je respirais l'odeur acidulée de l'herbe foulée.
Le vieux loup, vagabond et solitaire, rêvait des siens.
Il me tardait de jeter l'ancre au port qui m'avait vu
naître. Je voulais tant revoir ceux que j'avais quittés. Mais on
ne retrouve jamais ce que l'on a laissé. Notre mémoire nous
joue des tours.