Le choix de Cognac : l'établissement des négociants irlandais en eau-de-vie au XVIIIe siècle

Le XVIII<sup>e</sup> siècle est celui de l'émergence du cognac comme la meilleure
eau-de-vie du marché et le rôle des négociants irlandais dans cette reconnaissance
est essentiel. Cinq grandes figures dominent ce «choix de
Cognac» : James Delamain, le «parrain» des Irlandais installés en Charente ;
Richard Hennessy, au charme certain, celui du créateur aux prises avec les
difficultés de tout commencement ; James Hennessy, son fils, de caractère
plus réservé mais le véritable architecte du succès de la maison de négoce
aux côtés du têtu Samuel Turner qui assurera la plus grande part des affaires
pendant la période de guerre contre l'Angleterre, et enfin John Saule, le
brillant intuitif qui se perdra dans son désir de développement rapide et
ses contrats à risque avec la contrebande. Autour d'eux, leur concurrent et
modèle, Louis-Gabriel Lallemand, de chez Martell, et leurs clients, les
importateurs londoniens sans qui rien n'est possible, si on veut accéder
aux premiers rangs. N'oublions pas leurs épouses, c'est par elles que passe
le choix de Cognac...
Louis M. Cullen a consacré vingt-trois ans de recherches aux archives
familiales et commerciales - les mêmes à l'époque - des principales maisons
de négoce, Hennessy surtout car elles sont les plus riches. Il en ressort une
véritable fresque des négociants en eau-de-vie au XVIII<sup>e</sup> siècle. La Rochelle et
Bordeaux dominent la première moitié du siècle, puis Cognac s'affirme au
point de devenir le grand centre qu'il est encore aujourd'hui. À travers les
transactions commerciales de toute nature, on découvre le rôle réel de la
contrebande, celui des liens de famille et d'amitié avec Londres ou Dublin,
les difficultés de remboursement, les faillites, les rumeurs et les mauvais
coups de la concurrence... Leur parcours d'intégration sociale trame leur
vie de négociant : hésitations de carrière, changements de résidences,
voyages lointains mêlant affaires et cousinages, difficultés de relations avec
l'administration pour leur naturalisation et trucages généalogiques dans
l'espoir de beaux mariages, il s'agit là sans doute de l'aspect le plus attachant
du livre. Le choix de Cognac comme exemple d'un parcours familial souvent
heurté, mais au final pleinement réussi...