La vengeance

«Vengeance ou pardon ? Entre les deux le coeur, parfois, balance. La
passion, nourrie de ressentiment, de colère, de haine, veut souvent
que la première l'emporte. La vengeance conduit à détruire : l'être honni,
sa famille, ses biens. Elle anéantit. Mais il est fort à craindre qu'elle marque
les débuts d'une éternelle vendetta nourrie d'attentats réciproques où tous,
peut-être, finiront par périr. La raison doit suggérer un autre chemin ; la
religion peut contribuer à l'éclairer, la morale à le consolider. Vengeance ou
pardon ? Le second l'emportera peut-être sous le regard attentif de l'autorité
publique. Dès lors qu'elle s'affirme, elle ne peut laisser libre cours à la
vengeance : nul État ou embryon d'État ne peut laisser s'installer le désordre
qu'inéluctablement emporte la vengeance. Nulle société ne peut longtemps
résister à l'enchevêtrement des coups et des meurtres perpétrés par ceux et
contre ceux qui composent la communauté sur laquelle elle entend exercer
son autorité. L'autorité publique s'attachera à tarifer, édulcorer ou évincer
l'exercice de la vengeance : tarifer lorsqu'est fixé le prix du sang, édulcorer
lorsqu'est offert l'instrument (telle la constitution de partie civile) qui permet
que s'abattent les foudres de la loi, évincer lorsqu'est posé en principe que nul
ne peut se faire justice soi-même».
B. T.