La revue Transition (1927-1938), le modernisme historique en devenir

À la croisée des chemins entre littérature et histoire des idées,
cet ouvrage met en lumière le rôle de la revue transition dans
une redéfinition du modernisme historique à la fin des années
1920 et dans les années 1930. Face à l'effondrement de l'avant-garde
anglo-américaine dans les années 1920, transition organise
la relève. Sans rejeter les avancées du modernisme historique,
elle donne naissance à un nouveau courant, tardif et
minoritaire, caractérisé par la dilution de l'esprit avant-gardiste,
par des difficultés à former des groupes artistiques et par une
exacerbation formaliste. Dans les pages de la revue émerge en
outre une avant-garde anglo-américaine surréaliste riche et
cohérente, liée non plus à la lumière - comme l'étaient le vorticisme
et l'imagisme - mais à la nuit. Cependant, dès les années
1930, le «modernisme nocturne» défini par transition est à son
tour balayé par une nouvelle avant-garde diurne politiquement
engagée, que la revue contribue à constituer. En perte de légitimité
après la Deuxième guerre mondiale et oublié depuis, le
«modernisme nocturne» de transition a cependant participé à la
formation de nombreux écrivains, parmi lesquels William Carlos
Williams, Nathanael West, Hart Crane ou James Joyce. Entre le
modernisme historique de ses aînés et l'avant-gardisme politique
d'une partie de ses successeurs, transition définit ainsi un
courant moderniste aussi riche que méconnu.