La poétique de Jorge Guillén : étude linguistique des manuscrits de Cantico

«Oui, vraiment, les mots rêvent» assurait Gaston Bachelard dans
sa Poétique de la rêverie. Ce qu'ajoutent les brouillons d'auteur,
lorsqu'on veut bien les regarder, c'est qu'ils rêvent... et parlent !
En amont de tout acte littéraire, les mots produisent le fameux
«discours de la Langue» que l'écrivain reçoit, modèle et récupère
à son profit pendant la phase de construction du message poétique.
Cet ouvrage relève de la linguistique hispanique et concerne le
rapport d'un locuteur - qui se trouve être poète - au langage.
Portant sur un vaste ensemble de manuscrits inédits et dont un
petit nombre a pu être reproduit sous forme de fac-similés, il
s'inspire de la génétique des textes et cherche à préciser la
manière dont Jorge Guillén (Valladolid, 1893 - Málaga, 1984)
semble avoir procédé tandis qu'il écrivait le recueil Cántico.
On y observe, notamment, que l'activité littéraire est par essence
métalinguistique. Bien entendu, les chemins empruntés par
Guillén - et dont ses manuscrits portent les traces - informent
sur sa poétique ou sur son art ; mais ils disent aussi quel est le
fonctionnement le plus intime du langage en dévoilant des
mécanismes qui sont au coeur du phénomène linguistique, comme
la psychanalyse du XX<sup>e</sup> siècle s'est efforcée de le montrer.
J.-L. P.