La passion de Hallâj

Poète visionnaire se vouant à l'errance, maître en spiritualité
condamné en 922, à Bagdad, au supplice de la croix, Hallâj est
sans doute l'une des figures les plus attachantes du mysticisme
soufi.
Au Français Massignon, il inspire une somme monumentale
et à l'Égyptien Abdel Sabour un drame en vers libres qui compte
parmi les plus beaux textes du théâtre moderne en langue arabe.
Projeté dans ce nouvel espace, qui donne à sa parole une
extraordinaire résonnance dans notre présent, Hallâj apparaît,
certes, comme le héros d'une quête de l'absolu, mais plus encore
comme un rebelle, rompant avec la vie contemplative pour
s'engager aux côtés des oubliés, des pauvres, des sans-voix et
défendre sur la place publique leur droit à la dignité, à l'équité, à
la beauté.
Le pouvoir politique cependant, sourcilleux et retors, veille.
Secondé par un tribunal inquisitorial, il saura mettre en marche
une implacable machine judiciaire pour mener à la mort cet être
de passion et de générosité, coupable de proclamer trop haut son
insatiable désir de justice.