La part dévoilée : poèmes

La vérité ne supporte aucune distraction ; la mission du
poète est de la traquer où qu'elle soit, particulièrement dans
les obstacles dressés entre les mots - tout à tour nomades,
guerriers, espiègles - et lui. Le territoire verbal n'est pas
donné, mais à conquérir ; pour cela, il faut passer l'épreuve du
sens, des sens, en acceptant le chaos et l'oubli comme des prémices
indispensables à la création vraie.
Chez Luc Wenger, les silences sont des offrandes («Je me
tais après chaque découverte»), le manque utile et la souffrance
bavarde : d'où un surgissement soudain mais longtemps
mûri de poèmes cinglants et doux à la fois, riches d'une
sève paradoxale. Ainsi, La Part dévoilée n'est jamais, pourrait-on
dire, celle à laquelle on s'attendrait.
P. V.
Balancement des bras contre la ferveur du vent.
Le rythme de la marche et l'odeur du corps s'allient
au frémissement du sentier.
Je retiens mon souffle jusqu'à ne plus savoir qui respire.
Étranges ces pensées mortes qui allongent les pas.
Le dedans de ce qui se voit libère doute et certitude.